Aujourd'ui, je viens de faire une découverte - personnelle - mais bon je viens de le découvrir dans l'instant même où je copie le poème.
On commémore le 29 mars 1947, et j'ai pris les recueils de Jacques Rabemanjara en ma possession. C'était des vieilles reliures, des vieilles éditions des années 60 de ma grand-mère, grande patriote, compagne de lutte et de prison de Rabemananjara. Elle, c'est Esther Ravoahangy (Toamasina a une rue qui porte son nom).
Je sais pas si ma grand-mère a tenu un journal durant son militantisme, durant sa déportation à Nosy Lava ; et je doute fort que même si elle en tenait, çe serait sûrement parti en fumée lors de l'incendie de la maison de ma tante il y a quelques 30 ans de cela, quand vieille et devenue aveugle, ma grand-mère habitait avec la soeur à ma mère.
Par contre, ces recueils : "Antidote", "Lamba", "Antsa" et "Le boutrier de l'aurore" de Jacques Rabemananjara - presque tous dédicacés par l'auteur à celle qu'il a appelée "l'amie chère et unique, patriote inébranlable dont le sang est le frère intime de mon sang" - ces récueils, c'est ma mère qui les avait gardés et en grande brocanteuse de la maison, ils me sont revenus automatiquement de droit - lololl
Donc dans mes heures de farniente, je feuillette ces bouquins et le poème ci-dessous m'a toujours plu : vision de l'après détention, l'heure de retrouver la liberté et retrouvaille d'amoureux.
J'ai donc pensé le partager ici, en hommage à ce grand Poète et père de notre Indépendance et à tous les martyrs de 1947.
Et savez-vous ce que j'ai découvert ? Moitié ignorante comme je suis, j'ai jamais cherché le sens de "acrostiche". Il m'importait seulement le poème :-P.
Mais bien sûr avant de vous l' offrir, je me suis "documentée" - lol - et comme quoi acrostiche veut dire :
Poème fondé sur une figure de style consistant en ce que les initiales de chaque vers, lues verticalement de haut en bas, composent un mot ou une expression se rapportant au sujet du poème.
Et voilà ce que j'ai découvert : les nom et prénom de ma grand-mère et le prénom de l'auteur!!!
Bon, j'ai tout compris. En tout cas, il a été toujours Tonton Jacques pour nous, il est le parrain de mon grand frère, donc y a pas de quoi s'étonner. Mais bon ! :-)))
Comme j'ai dit au début, ceci étant une longue parenthèse personnelle, mais comme je viens de le découvrir dans l'instant même donc je la partage aussi avec ce beau poème.
J'imagine ma grand-mère quelque part dans l'Univers, fière de la plus terrible de ses petits-enfants qui a découvert son petit secret 60 ans après - hihihi.
Ci-joint le poème et assez baratiner !
ACROSTICHE DU CAPTIF.
Espoir ! O noble élan du coeur vers la félicité !
Sur quelle plage d'or irons-nous jeter l'ancre au terme de l'Epreuve ?
Tout encore éblouis des visions du large et des remous du firmament,
hisserons-nous la grande voile au mitan du bonheur ? Les âmes délivrées
entonneront avec orgueil l'hymne de l'aventure et des claires ivresses.
Rêve ou simple souhait ! J'ignore mais déjà brille l'étoile du matin.
Rameur habile du destin, je réglerai la marche épique de mon boutre
au gré des houles soudain célébreront la gloire incomparable de la baie.
Venus de quelles profondeurs les souffles brûlants du Tropique
ordonneront leur rythme aux jeux lyriques des élus !
Amazone de la ferveur, toi, tu m'entraineras dans un abîme de vertige.
Hâtez-vous ! Hâtez-vous de sonner, heures divines des délices !
Appels des sens et cris de l'âme en quête du délire ultime de l'étreinte !
Naufrage, O volupté, dans les eaux rouges de la passe où la tempête éclate en nébuleuses !
Gémiront tour à tour, sous la charge de l'ouragan la coque de la nef et l'aviron d'acier :
y puissé-je à loisir, suavement, amie, éffeuiller sur ton sein les lentes fleurs de l'Orchidée !
Je sais que nul présent n'en revêt l'excellence aux yeux de l'héroïne.
Aucune perle, aucun bijoux : la sœur jumelle des sylphides
choisira l'humble offrande où chante la vertu magique des buissons.
Quand donc, O golfe d'ombre, à l'abri du retour offensif des moussons,
Unirai-je en mes mains le double promontoire qui proclame ta grâce !
Enroulés dans les plis royaux de ma bannière, ensemble nous verrons
s'étendre au sol, dieux apaisés, les princes turbulents des fols désirs incontenus...
Jacques RABEMANANJARA
Maison de Force de Nosy Lava
12 mars 1950
In-"Antidote"